La chronique du lundi #6 : Et si on l’avait nommée mademoiselle ?

Coup de tonnerre dans la blogosphère il y a une semaine (en fait c’est pas vraiment la blogosphère, mais ça rimait avec tonnerre) : le Gorafi a lancé son équivalent féminin, Madame Gorafi. Pour ceux qui n’avaient pas compris – oui, je suis persuadée qu’il y en a qui, sans l’avouer, me devront la reconnaissance éternelle d’avoir fait la lumière sur ce mystère ancestral – le Gorafi, c’est en fait l’anagramme du Figaro. Et, comme la logique l’impose, Madame Gorafi est donc l’anagramme de Madame Figaro. Ou plus exactement, c’est son pendant humoristique, parce que si c’était vraiment un autre anagramme on aurait dû l’écrire Damema ou Aademm pour respecter l’ordre alphabétique, ce qui serait idiot.

Bref, là n’est pas la question. Ce qu’il faut en fait retenir du paragraphe ci-dessus, qui est par ailleurs fort mal formulé en termes de hiérarchie de l’information, c’est que le Gorafi a lancé un faux webzine féminin. Lequel se révèle être très rigolo. Mais comme toute chose très rigolote, il y a plein de méchantes gens qui décident de pourrir le truc. Par exemple en accusant ledit truc de sexisme. Même lorsqu’il est absolument évident qu’il s’agit précisément de la parodie de toute une presse réellement sexiste par ailleurs. Enfin, peut-être me trompé-je, peut-être même suis-je lamentablement tombée dans le panneau de cette nouvelle forme de domination médiatique du patriarcat qui toutefois affichait sur sa page Facebook, lors de son lancement : « Le site internet Madame.legorafi.fr est truffé des meilleures astuces pour vivre le sexisme de façon épanouie ainsi que de savants conseils pour pleurer avec style quand vous vous faites larguer. »

Toujours est-il que, quelles qu’aient été les véritables intentions de ses maléfiques instigateurs, Madame Gorafi a pour mérite de mettre en exergue le fait qu’on peut se moquer de tout lorsqu’on est suffisamment établi en tant que trublion public, sauf des femmes. Car ce qui est étrange, c’est que tout le monde – ou presque – rit systématiquement des détournements constants et politiquement incorrects du Gorafi. Mais dès qu’il est question de tourner le sexisme en dérision, on n’est plus tout à fait sûr qu’il s’agisse de dérision. Est-ce qu’au fond ce ne serait pas « trop tôt » pour rire de telles choses ? Est-ce que ce ne serait pas « un peu moyen », tout de même… ?

Le vénérable site de fausses infos peut donc titrer en toute impunité « Abdel, 20 ans, discriminé parce qu’il porte une barbe, une ceinture explosive et une kalachnikov » ou encore « Le Pape annonce le lancement de Vatican Idol, l’émission qui part à la recherche du nouveau messie ». Les quelques réactions autres que « looool » ou « Meilleur. Article. Du. Monde. » ou encore l’incontournable « J’ai eu peur, puis j’ai vu que c’était le Gorafi ! #ouf » passeront totalement inaperçues.

En revanche, dès que l’on passe à « 6 stars qui prouvent qu’on peut assumer ses problèmes de peau quand on n’en a pas » ou « Test : Est-ce de vous dont Marc Lavoine parle dans Elle a les yeux revolver », c’est beaucoup moins drôle. Preuve :

Le plus rigolo – ou le plus tragique – c’est qu’en fait il est parfois très difficile de faire la différence avec les véritables articles de la presse dite féminine. Du genre ceux que votre belle-mère laissait traîner dans votre chambre quand vous aviez 14 ans, en se disant que ça vous ferait plaisir et qu’ainsi vous apprendriez à être une femme, une vraie (pour plaire aux hommes, aux vrais).

Allez, petit test : parmi les titres suivants, lesquels sont issus de Madame Gorafi, et lesquels de Madame Figaro ?
[Indice : il y a 7 sujets Figaro, et 4 Gorafi]

  • L’horoscope hormonal prédit votre futur en fonction de votre cycle menstruel
  • Look : les erreurs à ne pas commettre pour un rendez-vous amoureux
  • Plus une femme est fertile, plus les autres sont jalouses
  • Ces femmes de pouvoir qui nous apprennent leurs astuces cuisine
  • Après une journée de travail pour son patron, elle commence une journée de travail pour sa famille
  • L’amitié : un véritable défi pour les femmes d’affaires
  • Lingerie : la St Valentin nous met sens dessus-dessous
  • 5 astuces pour séduire le pervers narcissique idéal
  • Une robe de mariée de rêve sans se ruiner
  • Faut-il continuer de coucher avec cet homme parce qu’il a un grand appartement ?
  • « Barbie n’est pas un jouet sexiste, mais un jouet réducteur »

Alors, qui est sexiste ? (Promis, j’offre l’apéro à toute personne capable du sans-fautes)

En fait, comme souvent, sous couvert de grosse blague un peu absurde et surtout très drôle – c’est le propre d’une blague, mais ça ne marche pas toujours – le Gorafi déconstruit absolument tous les clichés véhiculés quotidiennement par ce type de papiers à vomir, qui cachent leur côté nauséabond sous des odeurs d’eau de rose et de vernis à ongle. Et réussit cet exploit : on en vient presque à se marrer devant les titres de Glamour !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*