La chronique du lundi #1 : Happy new fear

Dessin : Adrien Miqueu

Aaah, le Nouvel-an ! Une date qui semble cristalliser tout un tas de choses. C’est la seule fête de l’année à ne pas rater, sinon on se prépare à 365 – 366 en l’occurrence – jours de malheur profond, tout ça parce que cette fameuse minute M, nous n’étions pas en train de passer le meilleur moment de notre vie.

Il est d’ailleurs intéressant de constater à quel point nous cherchons à charger symboliquement l’une des rares fêtes du calendrier à ne pas être issue d’une vague tradition religieuse plus ou moins remaniée. C’est sans doute pour cela qu’il faut absolument l’entourer de toutes sortes d’attentes, histoire de lui donner un peu de sens. Parce que bon, soyons honnêtes, concrètement, on change juste d’année. C’est-à-dire qu’on va se tromper pendant un ou deux mois, peut-être plus pour les étourdis, en notant les dates sur les diverses choses sur lesquelles on doit noter des dates tout au long de notre vie – courrier, notes de cours, agenda. Pourtant, si on y réfléchit bien, c’est ce qui arrive chaque semaine, et même chaque jour, et on n’en fait pas tout un foin.

Mais le 1er janvier, dans nos esprits occidentaux, ça sonne comme une remise à zéro. C’est un peu la case départ du Monopoly, on repart pour un tour en empochant quelques milliers de francs pour ceux qui ont la chance d’avoir un treizième salaire. On tire le bilan de l’année écoulée, on voit une prophétie dans chaque nouvel événement – premiers nés, premiers morts, premières nouvelles internationales, premier discours de tel ou tel président – et tout un tas d’inconnus y trouvent d’ailleurs une célébrité éphémère totalement gratuite (comme la mère de Machine, first  baby millésimé 2016). On médite longuement pour publier sur Facebook l’unique photo originale qui fera de nous l’unique ami original de nos 784 contacts – on constate une très nette majorité de têtes de gens bourrés et/ou heureux s’appliquant à montrer qu’ils s’amusent, mais il y a également les petites citations en Comic sans MS sur fond de soleil couchant, les photos de presse choc accompagnées d’une sentence politiquement engagée, les messages d’espoir et d’amour, les statuts désabusés du style moi-jmen-fous-de-nouvel-an, des œuvres d’art à foison, si possible un peu choquantes, les bêtisiers de tous les médias possibles et imaginables et bien sûr LA photo qui confirme qu’il a ENFIN neigé.

Alors qu’en fait, finalement, le Nouvel-an c’est comme un anniversaire : on n’est ni plus mature ni plus intelligent après, mais on a l’impression d’avoir passé un cap. On prend des bonnes résolutions tout en sachant pertinemment qu’on ne les tiendra pas. En réalité tout est continuité.

4 janvier 2016 : un hôtel de Dubaï a brûlé, l’Arabie saoudite a exécuté Nimr Baqer al-Nimr, provoquant un vaste mouvement d’indignation, les maternités de Suisse romande enregistrent un record de natalité pour 2015, Michel Delpech est mort, Star Wars VII bat des records au box-office, l’UDC ne parvient pas à se mettre d’accord sur l’histoire des secondos, Donald Trump continue à dire n’importe quoi, la vie continue, la vie continue à s’arrêter, qu’importe si l’on a remplacé le 15 par un 16 dans la quasi-totalité des pays du monde.

Alors joyeux anniversaire, la Terre, et bonne année, l’humanité ! L’essentiel est de se persuader que l’on peut faire mieux… c’est sans doute le cas.

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