La chronique du lundi #4 : Ça taxe

300 étudiants avaient manifesté en 2012 devant le Learning Center
[Photo : L’auditoire]

« Le coût des études […] n’est pas suffisamment élevé pour que les étudiants se rendent compte à quel point l’acquisition de connaissances est importante. » La phrase est de Denis Duboule, professeur de génétique à l’EPFL et à l’UNIGE, qui s’exprimait sur La 1ère mercredi dernier.

Augmenter les taxes d’études : le sujet n’est pas neuf. Il semblerait même que le conseil des EPF se fixe chaque année l’objectif de trouver un nouvel argument pour vider un peu plus les poches des étudiants. Ou vider un peu plus l’EPFL des étudiants les moins désirables. Allez, c’est parti pour un petit historique…

Tout commence en 2009. A l’époque, chose étrange, le conseil des EPF semble se préoccuper de l’avis des étudiants. 24 heures révèle ainsi, le 8 avril, qu’un projet de doublement des taxes d’études est transmis aux représentants des associations d’étudiants « pour consultation ». Certes, consulter n’engage à rien, mais y avait de l’idée quand même. A noter qu’en 2009 il était question d’augmenter les taxes jusqu’à 2000.- pour les étudiants suisses et européens, et jusqu’à 10’000.- (!) pour les autres. Normal. L’association générale des étudiants de l’EPFL (AGEPoly) s’insurge, exceptionnellement épaulée par la Fédération des associations d’étudiants de l’Unil (FAE). Et quand on s’accorde des deux côtés de la Sorge, c’est bien que l’heure est grave. Une pétition est lancée, elle récoltera plus de 2000 signatures. On rappelle à l’occasion que les taxes représentent à peine 1% du budget de l’EPFL, alors qu’elles ont évidemment bien plus d’importance dans celui d’un étudiant moyen… Deux mois plus tard, l’EPFL renonce à l’augmentation.

En 2012, rebelote. On se dit sûrement – avec raison – que les dirigeants de l’AGEPoly et de la FAE ont dû changer, et on réattaque avec une proposition d’augmentation des taxes à 2500.- pour les Suisses et 3000.- pour les étrangers. Un nouveau mouvement étudiant naît, le MOCAT (Mouvement contre l’augmentation des taxes). Côté direction, on invoque pour la seconde fois l’utilisation de l’argent perçu pour renflouer les bourses d’études. Or, un sondage mené par l’AGEPoly révèle que 43,7% des étudiants suisses, 45% de ceux de l’Union européenne et 74,6% des ressortissants en dehors de celle-ci auraient besoin d’une bourse en cas d’augmentation. « C’est comme demander aux chômeurs de financer l’assurance chômage », rétorque l’association. En clair, ça n’a pas de sens. Mais le conseil des EPF s’en fiche pas mal. En décembre, elle prend la décision de principe de doubler les taxes.

Ce coup-ci, la colère quitte les rangs étudiants – qui lancent toutefois une seconde pétition récoltant plus de 3000 signatures – pour s’installer au Parlement. A partir de là, c’est le bordel. Du côté pro-étudiants, on trouve déjà Mathias Reynard (PS/VS), mais aussi Jacques Neirynck (PDC/VD), Jean-François Steiert (PS/FR), Christine Bulliard (PDC/FR) et même Oskar Freysinger (UDC/VS). A noter que pour ce dernier le problème vient des étudiants étrangers « recalés dans leur pays » et venant se former en Suisse. En face, un peu seul contre tous, on trouve l’inénarrable Fathi Derder (PLR/VD), toujours adéquat : «Il faudra qu’ils paient, c’est tout. C’est normal de devoir contribuer au coût de ses études. » (Tribune de Genève, 12.12.12)

Quoi qu’il en soit, une initiative parlementaire est déposée, demandant une différenciation des taxes en fonction du domicile fiscal. Problème : ladite initiative permettrait de tripler les taxes d’études pour les étrangers. L’AGEPoly s’y oppose donc. Le projet d’augmentation est gelé début 2013.

La réaction du COUAC (journal satirique des étudiants de l'EPFL)
La réaction du COUAC (journal satirique des étudiants de l’EPFL)

Retour dans notre espace-temps : le Conseil fédéral, en prévoyant de couper 500 millions dans la formation et la recherche, vient de fournir un argument de taille aux EPF. Et c’est reparti pour un tour : Aebischer annonce un doublement des taxes, sans plus faire allusion à une quelconque « consultation », cette fois-ci le syndicat SUD existe et monte au créneau, Mathias Reynard remontre le bout de son nez et monsieur Duboule s’éclate sur les ondes de la RTS.

Mais dépouiller les étudiants ne suffit pas. Augmenter les taxes permettrait un gain de 9 à 10 millions de francs, or le plan d’économies prévoit une restriction de 30 à 50 millions. Du coup il n’est évidemment plus du tout question de renflouer les bourses, on envisage le gel des salaires et même, horreur, immondice, « le ralentissement des constructions ». Quand on sait que le Rolex Learning Center et Under One Roof, pour ne citer qu’eux, ont respectivement englouti 110 et 39 millions (issus de sources discutables), on peine tout de même à partager la déception du patron. 

Sans compter que, comme on a pu le constater, l’idée de doubler les taxes n’est pas toute neuve. Difficile dès lors de croire à un lien direct avec les restrictions budgétaires annoncées par le Conseil fédéral, ou même d’y voir l’une des multiples conséquences du 9 février. On serait même presque tenté d’y déceler des prétextes supplémentaires venant légitimer un leitmotiv indémodable au sein du conseil des EPF : faire payer ces feignasses d’étudiants, et décourager un peu tous ces étrangers qui viennent battre les Suisses aux examens finaux.

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