La chronique du lundi #8 : Asocial médias

On n’a jamais dit que communication était synonyme d’intérêt… [Jodel]

Société du like et du retweet, encourageant l’isolement et le repli sur soi : les réseaux sociaux rassemblent des millions d’utilisateurs, mais à peu près tout autant de critiques – du moins dans les milieux intello-bobo que je fréquente au quotidien. Au point que le terme à l’origine plutôt bienveillant de geek se voit détourné de sa substance réelle pour s’appliquer à tout quidam pianotant, le nez sur son téléphone intelligent. Des réseaux asociaux, symptômes d’un individualisme galopant et symboles d’un narcissisme affligeant, voire effrayant.

C’est en tout cas une idée reçue. Et, comme toute idée reçue, c’est un peu simple. Il est vrai que Facebook, Twitter ou Instagram, le trio gagnant, poussent à étaler sur la toile sa vie, son opinion et sa gueule (dans l’ordre). Tous trois suivent le même fonctionnement, proposant les mêmes options de partage et de « like » – ce d’autant plus depuis que Twitter a remplacé les étoiles de ses « favoris » par des coeurs, réduisant encore un peu plus les différences entre les trois réseaux. Sans compter qu’en introduisant une dimension émotionnelle à une fonction qui jusque-là se réduisait à un simple marque-page, Twitter a entraîné de graves dilemmes pour ceux qui ne pouvaient décemment pas « aimer » quelque chose, tout en souhaitant tout de même en conserver la trace quelque part.

Bref, en-dehors de ce fameux trio, une multitude d’autres réseaux échappe auxdites idées reçues. Snapchat et Jodel, pour ne citer qu’eux, ne répondent pas à ce besoin de notoriété : le premier ne proposant pas de like ni de partage, le second fonctionnant uniquement sur le mode de l’anonymat. Et, fait intéressant, tous deux sont en pleine expansion.

Quel est donc le degré de corrélation entre réseaux sociaux et narcissisme ? Sans aller jusqu’à prétendre que l’être humain est par définition profondément narcissique – ne soyons point essentialiste – force est de constater que cette tare ne date pas d’hier. Comme son nom, d’ailleurs, l’indique. Narcisse n’a pas attendu les selfies, ni même les miroirs par ailleurs, pour tomber full in love de sa propre frimousse. Est-ce vraiment pire aujourd’hui ?

Une chose est sûre cependant : les XXe et XXIe siècles ont vu de véritables bonds en matière de communication. Et n’oublions pas que dans réseau social, il y a social. Si on réfléchit bien, la communication a été l’enjeu de bien des étapes marquantes de l’évolution de l’humanité dès ses débuts – avec la bouffe : outre le feu et l’agriculture, c’est l’invention de l’écriture qui a transformé les vies de nos ancêtres. Après il y a les guerres et les divers conflits, aussi. Mais finalement, lorsque l’être humain choisit de détruire d’autres êtres vivants, qu’ils soient ou non de la même espèce, voire du même règne, il y a toujours un rapport avec la bouffe ou avec un manque de communication… Non ?

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