Un spectateur pas si spectaculaire

Une foule compacte, disposée en rangs serrés qui dessinent un carré presque parfait, plongée dans une demi-obscurité, le visage souvent impassible et pratiquement immobile ; c’est l’esthétique choisie par Martin Schick et Viviane Pavillon dans leur dernière création, Le spectateur spectaculaire, présentée ce week-end au théâtre de l’Arsenic.

Nous noterons d’ailleurs la très belle qualité graphique de l’ensemble. Ces visages tendus, à peine éclairés, sur lesquels se lisent diverses expressions qui vont de l’ennui profond à l’hilarité complète en passant par un stoïcisme sans bornes ou un agacement prononcé, ajoutent une dimension esthétique non négligeable à l’ensemble. Et puis, avouons-le, la force du nombre a toujours son effet sur un plateau de théâtre, et l’on ne peut rester de marbre face à 200 personnes pratiquement semblables qui exécutent quasiment les mêmes mouvements selon des rythmes plus ou moins similaires. Une belle réflexion sur la masse et l’étrange tendance que l’on a à agir de la même manière sitôt que l’on se trouve en groupe. Soulignons d’ailleurs le fait que cette foule est composée uniquement de comédiens amateurs, dont beaucoup sont encore étudiants à la Manufacture ou aux Teintureries. Fait amusant cependant : certains metteurs en scène et directeurs de théâtre se sont glissés dans la foule. Ont-ils été payés ? Opèrent-ils en tant que figurants ? Mystère… Il nous a même semblé apercevoir un certain musicien lausannois, répondant aux initiales BB, et surtout connu pour sa musique à poufs – mais l’on peut se tromper, et ce n’est pas le débat.

Un problème de rythme

Toutefois, si le dispositif scénique est intéressant, la sauce peine à prendre. Le rythme est plombé dès le début, puisque le metteur en scène interrompt la pièce dans les premières minutes (en plein spectacle ! on croirait presque à une parodie de Vincent Macaigne) pour demander à ses comédiens de ressortir et de rejouer leur entrée. Ce serait amusant s’ils n’étaient qu’une dizaine mais, comme mentionné plus haut, il sont près de 200 à se mouvoir, il faut bien le mentionner, avec une certaine mollesse.

Saluons cependant le contraste saisissant entre la première entrée, d’un naturel époustouflant, et la seconde, qui affiche une artificialité extrême dans le jeu – surtout chez les apprentis comédiens des Hautes écoles. L’intervention du metteur en scène n’était donc pas une lubie soudaine, et a visiblement été répétée ; nous peinons toutefois à saisir son sens profond, si ce n’est le questionnement du jeu de l’acteur selon des époques ou des écoles différentes – mais cet aspect n’est pas développé par la suite et nous laisse ainsi un brin perplexes. La fin est par ailleurs malheureusement très attendue – chacun ramasse ses affaires et quitte le plateau.

En somme, une belle œuvre d’art plastique mais qui manque clairement d’originalité, d’action et d’un brin de folie pour être qualifiée d’art vivant.


Cet article a été rédigé dans le cadre d’une performance qui visait à questionner le rapport du spectateur au spectacle, notamment via des retournements de situation. J’y était engagée pour écrire une critique du public lui-même, et non du spectacle qui se déroulait devant ses yeux.

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